« J’ai partout cherché l’amour de ma mère dans ce monde. »

Alors le blog est en pause depuis quelques temps et que mon rythme de lecture s’est très largement endormi, j’ai retrouvé la plume et le style d’Annie Ernaux que j’aime tant avec Je ne suis pas sortie de ma nuit. Un titre qui dit tout, sans parler. Un titre qui reprend la dernière phrase écrite par sa mère. Un titre, un livre, une voix dont je devais vous parler !

Ce livre est le journal. Celui de l’autrice, de ses pensées, de ses actes, suivant la maladie de sa mère souffrant d’Alzheimer. Suivant son séjour chez sa fille, à l’hôpital, à la maison de retraite…

Quand je viens ici, j’ai l’impression que c’est sur tout cela que je dois écrire.

La métamorphose du corps, de l’esprit. La possession de la maladie.
Être témoin de tout cela, agir sans penser, penser sans oser.
Des phrases et mots à la fois doux et brutaux, une écriture du vrai, du réel qui parle d’elle même sans besoin additif.

Écrire sur ma mère pose forcément le problème de l’écriture.

Elle parle de la vie, du temps qui passe, de l’amour, du passé, de la vieillesse et de ce cri intérieur, témoin des métamorphoses.
Elle revient encore une fois sur cette relation mère /fille, un amour conflictuel, incompris, non dit. De la haine et de l’amour qui se mélangent et dansent ensemble.

J’ai partout cherché l’amour de ma mère dans ce monde.

Le sujet plus global. La vieillesse, un retour vers l’enfance. Enfance des gestes et paroles. Vieillesse du corps.

Elle est le temps, pour moi. Elle me pousse aussi vers la mort.

Elle re-témoigne de ce sentiment de culpabilité, celui d’être en vie, celui provoqué par un simple regard, regard maternelle.

Quel auteur/quelle autrice aimez-vous relire ?

« Je sais que vous ne voulez pas parler de Klaus. Je comprends. Mais Klaus et votre cinéma, ils sont reliés. Unis. »

Un père sans enfant est un livre à côté duquel je serais très certainement passée sans les conseils de Louise, éditrice chez Allary Editions, et je lui en suis vraiment reconnaissante  pour cette découverte puisqu’il s’agit d’une petite « pépite », d’un livre qui nous surprend au-delà des apparences, par sa plume et son contenu, dès les premières pages !

 

Résumé

Le père est un des plus grands cinéastes d’Hollywood.
Le fils est un jeune premier du cinéma nazi.
Le roman vrai de leur déchirure.

Le père est Douglas Sirk, metteur en scène de théâtre dans les années 20 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 30. Marié à une juive, il doit fuir l’Allemagne pour les États-Unis où, grâce à ses mélodrames, il conquiert Hollywood.

L’enfant est Klaus Detlef Sierck, le fils que Douglas a eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique.
Quand ils divorcent en 1928, elle lui interdit de voir son fils de quatre ans dont elle fera un enfant star du cinéma sous le
Troisième Reich.

Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l’écran.

Au soir de sa vie, dans les années 80, Douglas Sirk s’entretient avec Denis Rossano, un jeune étudiant en cinéma. Le réalisateur fait revivre Berlin, la propagande, son second mariage, l’exil, les grands studios après guerre, mais ne dit rien ou presque sur Klaus. Toute la vie, toute l’oeuvre de cet homme furent pourtant la quête désespérée de son fils adoré.

Pour mettre des mots sur cette histoire que Douglas Sirk n’a jamais racontée, Denis Rossano mène l’enquête, jusqu’à découvrir ce que le cinéaste lui-même ignorait.

Un père sans enfant est un roman vrai, digne des plus grands mélodrames.

 

Que dire d’un roman aussi fort, aussi juste et sensible, d’un roman à la fois émouvant et éprouvant, dans lequel il est question d’amours, de passions, de liens et de pertes ? 

Un père sans enfant intrigue par son titre, rend curieux par son résumé, emmène par sa lecture. Dès le début, on ressent quelque chose de personnel et d’humain, une sensation qui prédit la passion avec laquelle l’auteur va nous parler, écrire ; mais va également faire parler tous ces noms et en faire revivre d’autres. Parler puis écrire. Parler de ce grand cinéaste pour parler de soi. 

 

L’auteur utilise des mots justes, non dénués de charme, et une certaine poésie qui fait que sa plume nous entraîne. On a envie d’en savoir plus et de ne pas lâcher ce livre, tant que les pages tourneront… 

La beauté et la force du récit se trouve également dans l’alternance de la narration, tantôt au « il », tantôt au « je ». On se retrouve, alors, plongé.ée au beau milieu de cet univers, de cette époque. Une rencontre d’abord cinématographique qui devient objet de questionnements puis souvenir du réelle.

 

Et comment ne pas succomber à la relation qui se dévoile devant nous ? Denis et Detlef. Universitaire et artiste. Une relation au dessus de laquelle plane une ombre invisible et mystérieuse qui  fait pourtant bien office de figure principale : Klaus. 

M’adonner à ces conversations, c’est renouer avec un passé auquel je suis riveté. Et c’est me rapprocher de Klaus.

Klaus, mystérieux, sujet de on-dits et d’interrogations. Klaus, sujet de silence et de souffrance. 

Klaus, c’est ce qui continuera de me briser jusqu’à mon dernier souffle. […] Klaus est l’enfant des souvenirs qui ne cesseront jamais de faire mal.

Mon pays est mon ennemi, se dit Detlef. Mon fils aussi ?

 

Un père sans enfant est à la croisé du roman et du documentaire, un documentaire romancé qui peut à la fois séduire les connaisseurs et les novices, comme moi, du cinéma (allemand). 

Un livre d’une grande beauté, un « songe » (comme le dit Hilde dans le roman) dans lequel un premier passage m’a fait sourire puisqu’il dévoile en amont le projet d’écriture de l’auteur, son talent de conteur, et par la même occasion le plaisir que procure cette lecture. Dans celui-ci, Hilde, épouse du cinéaste Douglas Sirk, dit à Denis Rossano : « Il m’a confié l’autre jour qu’il vous trouvait une âme d’écrivain. » ; ce qui m’a semblé tout à fait juste, outre le fait de l’existence de ce livre, puisque cela (le talent de Denis Rossano) se ressent à la lecture ! 

« La vie naît par les mots et la mort habite le silence. »

La littérature islandaise est autant fragile que brutale. Elle happe par son sens de la poésie et nous emmène dans un univers frais rempli d’histoires. Elle enivre telle une chanson qui reste en tête. Elle parle, nous parle. Elle a un je ne sais quoi de magique qui me séduit à chaque fois.

J’avais découvert Jón Kalman Stefánsson il y a un peu plus d’un an avec Entre ciel et terre, puis j’avais eu l’occasion, quelques mois plus tard, de le redécouvrir avec Ásta. Deux romans au contenu tantôt clair tantôt énigmatique qui laisse planer un bout de mystère tout en dévoilant un bijou : une plume orné d’images. Images claires énoncées. Images à décoder. 

Résumé des éditions Gallimard :

Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds est à l’image des autres romans de l’auteur. Avant et pendant cette lecture, celui-ci nous laisse dans un pseudo brouillard énigmatique tout en nous donnant un aperçu clair des choses ; un double sentiment qui emporte le lecteur, faisant des heures des minutes et des minutes des secondes, l’obligeant sans contrainte à rester les yeux fixés et plongés dans cette aventure.  

Chaque livre de Jón Kalman Stefánsson est une aventure, un bijou poétique, une ode à la nature où la sensibilité et  la magie des mots se dévoilent dans leur plus simple appareil.

Un énorme merci à Éric Boury qui traduit ces pépites islandaises à merveille et nous permet ainsi d’en découvrir les contenus ! 

COUP DE CŒUR !

Cela faisait plusieurs semaines que je trépignais d’impatience face à la sortie du nouveau roman d’Auður Ava Ólafsdóttir. Alors, après être allée l’acheter ce matin en librairie, je n’ai pu me résoudre à le laisser de côté et j’ai donc passé mon après-midi avec une de mes plumes préférées !

 

Résumé des éditons Zulma

Islande, 1963 – cent quatre-vingt mille habitants à peine, un prix Nobel de littérature, une base américaine, deux avions transatlantiques, voilà pour le décor. Hekla, vingt et un ans, emballe quelques affaires, sa machine à écrire, laisse derrière elle la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík avec quatre manuscrits au fond de sa valise. Il est temps pour elle d’accomplir son destin : elle sera écrivain.

Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas –, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…

Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

 

Comment parler d’un roman de cette autrice sans parler de sa poésie, de ce que sa plume dégage à chaque mot, après chaque ponctuation ? C’est une langue d’impulsion nordique où même les noms propres recèlent d’un sens poétique ; une plume qui clame les mots et émotions tel un poème que l’on récite et fait vibrer à voix haute pour mieux en saisir et apprécier la richesse.

Miss Islande est une ode à l’écriture, à la littérature, à la différence, à l’amour… Un roman-pansement, comme j’aime appeler ceux de l’autrice, dont la lecture offre une parenthèse de bonheur douce et réconfortante dont il suffit de boire les mots et d’apprécier le contenu. De la douceur et de l’ envoûtement.

Miss Islande, c’est aussi le portrait d’une femme, de ses désirs et passions, du poids de ses mots et de son amour pour l’écriture, pour écrire la vie.

Un roman dans lequel tout devient source de poésie. Un roman juché de phrases qui résonnent. 

Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves.

 

Ne pas oublier : le travail remarquable de traduction opéré par Éric Boury (également traducteur de Jon Kalman Stefansson) qui arrive à retranscrire un rythme, une ambiance et une poésie particulières !

Une plongée dans l’Histoire de la Suède

Alors que j’étais en vadrouille à Lund (ville universitaire suédoise proche de Malmö), je me suis retrouvée dans une librairie française, à la recherche d’un livre sur l’histoire de la Suède. Et, je n’en suis pas ressortie les mains vides, mais plutôt avec la promesse d’une découverte, sur les admirables conseils de la libraire. 

C’est comme cela que j’ai découvert La Saga des émigrants de Wilhelm Molberg, et que je me suis mise à lire le premier tome, « Au pays », pendant le reste de mon voyage. 

 

Résumé des éditions du Livre de poche : 

Voici l’histoire des premiers pionniers suédois partis conquérir l’Amérique et comment leur vint l’idée de s’expatrier. Les paysans du Småland, une province du sud-est de la Suède, vivaient paisiblement de leurs terres. Vers le milieu du XIXe siècle, cet ordre immuable commença à trembler sur ses bases. Les terres sans cesse divisées par les héritages vinrent à manquer. Et les échos venus d’au-delà de l’Océan donnèrent des envies de liberté. Au pays est le premier volume de l’épopée de ces gens ordinaires animés du souffle de l’aventure et du formidable espoir de recommencer leur vie.

 

Ce premier tome se concentre sur le commencement, sur la vie en Suède au XIXe siècle, sur l’avant-émigration, sur le pourquoi de cette décision, sur le comment de sa mise en oeuvre. 

Qui étaient ces suédois.es ? Que faisaient-ils/elles ? Pourquoi sont-ils/elles partis.es ? Quelles étaient leurs vies en Suède ? A quoi ressemblait ce pays à cette époque ? 

En pensant à la Suède, on voit tout de suite ce pays nordique où règnent nature, progrès, cannelle, écologie, et d’autres mots à consonance positive. Ce qui est en partie vrai, avec, je le concède, une dose de cliché. Mais, ce que l’on oublie ou ne savons pas est que la Suède n’a pas toujours était ce pays riche, et qu’à l’instar d’autres pays à cette même époque, les habitants devaient cultiver leurs terres pour subsister, s’occuper de leurs biens et familles pour en assurer une lignée, etc… 

Mais, que faire quand les terres viennent à manquer ? Que faire lorsque le peu de terre que l’on nous lègue n’est pas cultivable, que celles-ci sont jonchées de roches épaisses ? Que faire lorsque les éléments de la nature ne sont pas compatibles avec nos attentes ?  

Ce livre parle de ces hommes et femmes, de leurs vies, de leurs combats perpétuels. C’est une quête non pas sans questionnement  face à cette grande décision d’émigrer, décision volontaire, décision rythmée par celle d’un proche, décision obligée par l’agencement des choses. Mais c’est aussi et surtout l’exposé d’un même groupe, de personnes nommées, de différentes expériences : positives, négatives, parfois mystique… Un mélange imbibé d’une force religieuse, une croyance qui rythme la vie de ces gens vivant selon ces doctrines et règles. 

 

Avant de commencer ce premier tome, j’avais peur. Peur de ne pas finir ce court livre. Peur que celui-ci ne s’apparente qu’à une simple accumulation de faits et données historiques, sans réel fil conducteur qui m’amènerait à un sentiment de « trop d’informations » et donc d’ennui contraint. Mais, cela a été tout le contraire ! J’ai été dès le départ baignée par l’ambiance de ce livre, enivrée par l’écriture contée de l’auteur, intéressée par toutes ces informations plus intéressantes les unes des autres et qui ne peuvent qu’amener à la réflexion !

Difficile de parler d’un tel livre, d’une telle fluidité et d’un tel enivrement tellement l’aventure est belle à suivre et les thèmes (religion, maternité, maladie, classes sociales…) plus riches les uns des autres.

Vous l’aurez donc compris, ce premier tome m’a littéralement conquise, et je n’ai plus qu’une hâte : vite avoir l’occasion de poursuivre l’aventure en découvrant les prochains tomes ! 

 

Stieg Larsson, le vrai !

Après un long temps d’absence sur la blogosphère, me revoilà avec un article qui me tient à cœur puisque j’y parle du livre Millénium, Stieg et moi d’Eva Gabrielsson et Marie-Françoise Colombani.

Eva Gabrielsson était la compagne de Stieg Larsson – ils ont vécu ensemble pendant des années – mais a vite été mise de côté à la mort de ce dernier, faute d’être mariés. Aujourd’hui, Eva n’est pas la détentrice des droits des Millénium et n’a aucun mot à dire quant à l’industrie créée à la suite de ce phénomène littéraire mondial (adaptations cinématographiques, suites de la trilogie, objets dérivés…). 

Pourtant, Millénium n’est qu’un épisode du parcours de Stieg, et surtout pas l’oeuvre de sa vie.
Le Stieg de « l’industrie Millénium » ne m’intéresse pas.
Celui qui me plaît, c’est mon compagnon de vie et mon allié dans tout. Celui que j’ai aimé profondément et avec lequel j’ai cheminé pendant trente-deux ans. L’homme tendre, enthousiaste, drôle, engagé, généreux… Le journaliste, le féministe, le militant, l’amour de ma vie.
En le perdant, j’ai perdu une grande partie de moi-même.

 

À travers ce court livre, j’ai découvert Stieg Larsson, pas forcément l’auteur – que l’on croit connaître, à travers ses livres – mais surtout l’homme. L’engagé, le déterminé, le passionné.  J’ai aimé le découvrir. J’ai apprécié l’unicité de la plume qui orne ce récit : c’est simple, oral et tellement touchant sans tomber dans le larmoyant. En somme, j’ai adoré découvrir les prémices de la création de la trilogie, la relation de l’intrigue globale avec la vie de Stieg Larsson, et donc toutes ces petites références à celles-ci dans les trois romans (noms de rues, thèmes, événements, expressions, personnages…). 

Millénium n’est pas qu’une bonne histoire fabriquée par un bon auteur de bons polars. Ces livres parlent de la nécessité de se battre pour défendre ses idéaux, du refus de se rendre, de se vendre ou de se coucher devant plus puissant que soi. Ils parlent de valeurs, de justice, de journalisme au sens noble du terme, de la droiture et de l’efficacité dont certains font preuve dans leur job, policiers compris. Ils parlent de morale aussi.

 

Ce livre lève une sorte de voile fictif et met en avant l’engagement du défunt auteur, ses combats contre les inégalités, sa lutté féministe… Il les explique, les énumère et les fait (re)vire.

Millénium, Stieg et moi est beau, d’une beauté simple, touchante mais également dure puisqu’on y voit des faits réels, de l’injustice, de la course à l’argent… parfois, au détriment de la vie et de l’amour. 

Aujourd’hui, je ne préparer plus de café pour moi. C’est trop bête de ne remplir qu’une demi-cafetière. En plus, la moitié vide signifie que Stieg ne me regardera plus par-dessus sa tasse, les yeux pétillants de curiosité comme ceux d’un enfant devant un cadeau à ouvrir. Que je ne l’entendrai plus me dire : « Alors raconte. Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? Qu’as-tu découvert de nouveau ? »

 

Merci Eva pour ce livre.

« Elle voulait que son fils puisse nager dans les livres comme dans une piscine où l’on reste des heures sans respirer. »

L’Anniversaire est un de ces livres à part, qui nous emporte par on ne sait quel processus.

Résumé

Une voiture à l’arrêt, en pleine forêt. La nuit est en train de tomber. Il a coupé le moteur. Cela fait des semaines qu’il prépare leur anniversaire de mariage. Elle n’y a vu que du feu, plongée qu’elle était dans sa détermination à suivre la règle imposée pour sauver leur couple : jouer au roi du silence. À présent, il peut tranquillement dérouler son plan. Avant qu’ils se retrouvent coincés dans l’habitacle de leur voiture, il a pris soin d’extraire du coffre une petite boîte, qu’il ouvre…
Soumis à un danger imminent et aux lourds secrets d’une enfance passée dans ces mêmes bois, qui sortira vainqueur de ce huis clos hitchcockien ?
L’Anniversaire est un roman âpre, où l’humour noir d’Imma Monsó excelle à exposer la réalité et à faire exploser les silences qui en disent long, le ronron du moteur de la vie à deux.

C’est un voyage dans un huis clos que nous offre l’autrice, un voyage mental qui nous fait découvrir un Univers avec un « U », celui de l’imagination, des mots et de la poésie.

On se retrouve, dès les premières pages, immiscé dans l’intimité de ce couple, de deux êtres si différents que ça en devient cocasse. Leur relation est si perplexe, mais également belle. D’une beauté simple, pure et inexpliquée, comme l’est ce roman.

La plume de l’autrice (et de ce fait, la traduction) est splendide, à mon goût. Aussi simple, en venant droit au but, que poétique, de par le choix des mots et le sens des phrases.  Puisque dans ce court roman, chaque mot à son importance, chaque page est un voyage, et chaque silence ne fait qu’accentuer les ressentis du lecteur. Une magie de mots et de significations. Un mélange de réel et d’imagination. 

Doux, subtil, curieux, inhabituel… Ce roman se joue des codes et amène, par delà la linguistique, un tas de réflexions sur la vie, le couple, la confiance, les choix, les craintes… 

Blessures, silences et souffrances. Qu’adviendra-t-il de cette situation ?

Un roman énigmatique, qui a le mérite de le rester jusqu’aux dernières pages, dans lequel vous ne ressortirez qu’après l’avoir dégusté et en avoir apprécié l’ensemble du contenu. 

Glacial, entraînant et surprenant : le nouveau livre d’Yrsa Sigurðardóttir

Première lecture de l’autrice pour moi, Succion a réussi à m’entraîner au cœur d’une enquête, à me faire ressentir ce petit frisson venu du Nord, mais m’a tout de même laissée sur ma faim côté « sordide » (alors oui, les meurtres sont perturbants, mais je m’attendais sûrement à être plus ébahie que ça, par moments). 

 

Résumé des éditions Actes Sud

Assise sur les marches glaciales devant l’entrée de sa nouvelle école, Vaka regrette de n’avoir pas mis un manteau plus chaud. Apparemment, son père a oublié de venir la chercher, sa mère a oublié de lui donner de l’argent de poche cette semaine et l’école est déjà fermée. On ne peut décidément pas se fier aux adultes. Résignée à attendre, elle voit bientôt une petite fille approcher. Vaka la reconnaît tout de suite : elle est dans sa classe, c’est celle à qui il manque deux doigts. La petite fille habite juste derrière l’école, alors Vaka lui demande si elle peut venir chez elle passer un coup de téléphone pour appeler son père. Plus personne ne reverra jamais Vaka.
Dégradé et relégué au plus bas de l’échelle après les polémiques qui ont entouré sa dernière enquête, l’inspecteur Huldar doit se contenter des chiens écrasés. Jusqu’au jour où on le charge d’une vérification de routine qui bascule dans l’horreur lorsque, après un signalement anonyme, il trouve deux mains coupées dans le jacuzzi d’une maison du centre-ville. Huldar ignore encore que cette mutilation n’est que la première d’une longue série.
Après ADN, Huldar et Freyja, la psychologue pour enfants, reprennent du service dans une de ces intrigues glaçantes et addictives dont Yrsa Sigurðardóttir a le secret.

Ce que j’aime dans les polars nordiques, c’est le rythme ambiant. Un rythme qui se laisse attendre, qui prend doucement place jusqu’à surplomber l’ensemble du roman, nous faisant passer par tout un tas d’émotions. Succion, n’est pas un cas à part et l’autrice mène à la fois rythme, imagination et tension avec brio. Je me suis laissée entraîner dans ce mystère, à la découverte de ces drôles de meurtres, à l’avancée de l’enquête, sans me douter une seconde du coupable ni du twist final, et ça, ça vaut de l’or quand on lit un roman policier !

Le fait de ne pas avoir lu ADN a tout de même était un peu gênant par moments, notamment lors de divers échanges entre les deux personnages principaux, ne sachant pas réellement leurs liens exactes et leurs histoires passées. Ce qui a fait que je me suis pas spécialement attachée à eux. Mais, en dehors de ce petit détails, cela na en rien gêné l’efficacité de l’intrigue policière à proprement parler.

Cette lecture, tout de même addictive, aura donc été une belle découverte ! Des frissons, des questionnements, des hypothèses et retournements de situations…Tout cela baigné dans une ambiance nordique, et accompagné par la plume percutante de l’autrice, à l’image de son imagination !

 

Au Groenland, seuls le temps et la glace sont maîtres.

Résumé des éditions de La Martinière

Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?

Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

 

J’ai découvert Mo Malø sur Instagram. Intriguée par quelques chroniques, j’avais gardé ce pseudonyme à consonances nordiques dans ma tête jusqu’à ce qu’il y a quelques semaines au festival Quais du polar où l’auteur était présent. Toujours intriguée, je n’ai pu m’empêcher d’acheter son premier roman policier. 

Même si j’ai pris un peu de temps avant d’entrer entièrement dans l’intrigue et d’en déguster l’ensemble, ce livre m’a énormément plu. J’ai été d’autant plus impressionnée et surprise, qu’en discutant avec l’auteur, celui-ci n’est pas originaire du Groenland et n’y a même jamais vécu. 

 

Comment faire pour retranscrire l’ambiance d’un pays si singulier ? Comment transmettre l’immersion fictive, tant attendue, aux lecteurs et lectrices ? 

Par un énorme travail de recherche. Chose loin de la facilité mais que l’auteur a réussi avec brio ! 

 

Concernant le livre en lui-même, l’intrigue est plus que bien ficelée et les personnages sont travaillés (à mon sens) comme il le faut pour que ceux-ci nous entraînent les yeux fermés dans un tas d’événements plus entraînants les uns des autres !

Outre cela, j’ai était plus que surprise par l’ambiance du roman. Groenland, froid ambiant, conditions climatiques, force de la nature, meurtres sanglants, causes étranges, traditions culturelles et ancestrales, rouages des emprises économique et politique d’un pays, guerre du pétrole…

Un  roman policier au mélange bien savoureux, un très bon ressenti d’ensemble ! Je serais curieuse de découvrir la suite : Diskø

 

 

 

Vengeance et girl power : le nouveau roman de Camilla Läckberg ! ❤️

Vous le savez, je suis fan de Camilla Läckberg depuis des années. J’ai attendu patiemment puis dévoré chacune des aventures de Patrick et Erica, tome après tome. Et lorsque l’autrice avait annoncé, l’année dernière au festival Quais du polar, qu’une nouvelle série était en cours,  le décompte avait commencé dans ma tête, j’étais plus qu’impatiente… Il y a environ un mois, j’ai pu lire l’épreuve non corrigée de ce nouveau bijou qui sort aujourd’hui en librairie et dont je peux (enfin) vous parler : La Cage dorée.

 

Résumé des éditions Actes Sud : Un mari parfait, une fille adorable et un appartement de luxe dans l’un des quartiers les plus chics de Stockholm, Faye semble tout avoir. Mais de sombres souvenirs de son enfance à Fjällbacka la hantent et elle se sent chaque jour un peu plus prisonnière d’une cage dorée. La femme forte et ambitieuse qu’elle était autrefois a tout abandonné pour Jack. Lorsqu’il la trahit, son univers s’effondre. Du jour au lendemain, elle se retrouve sans rien. D’abord complètement anéantie, elle décide de rendre coup pour coup et se met à échafauder une vengeance impitoyable.
Retraçant le destin poignant d’une femme trompée et exploitée qui prend sa vie en main, La Cage dorée est un cocktail palpitant de trahison, de rédemption et de vengeance.

 

C’était un réel plaisir de retrouver la plume et l’univers de Camilla (avec encore une fois une traduction plus que maîtrisée de la part de Rémi Cassaigne) ! Comme à la découverte d’une série, j’ai pris le temps de rencontrer et de m’habituer à Faye, ce nouveau personnage, cette nouvelle héroïne que j’ai commencé par détester (gentiment) et que j’ai fini par adorer ! Rien à voir avec le cadre idyllique de Fjällbacka, le petit couple suédois que forment Erica et Patrick, ni la multitude de meurtres qui viennent bousculer ce havre de paix. Cette fois, l’autrice nous emmène au cœur de Stockholm pour un tout autre voyage, et pas n’importe lequel…

Il y a, comme souvent dans les romans de Camilla, une place à l’actuel : faits sociétaux, moraux, politiques… Et dans ce schéma, La cage dorée suit clairement et ouvertement la vague #metoo en tournant les projecteurs vers Faye. On découvre son passé, ses secrets, ses blessures. On la voit se « réveiller », se rappeler, et agir… 

Alors, si vous voulez du girl power, de la vengeance, du sans pitié, et une héroïne  ambitieuse qui ne laisse personne en travers de son chemin ; le tout baigné dans un Stockholm de la haute où argent et faux semblant sont les maîtres mots : le nouveau roman de cette reine du polar suédois est fait pour vous !

Un renouveau de la part de Camilla Läckerg qui m’a tout de suite séduite, que je ne peux qu’adopter et vous conseiller tant  le style et le rythme du roman m’ont entraînée du début à la fin de ma lecture. 

Vous l’aurez compris, La cage dorée est un de mes nouveaux coups de cœur, signé Camilla Läckerg ! 

« Il fallait que j’en sache plus sur les investigations de Stieg Larsson. »

Fan de la trilogie Millénium de Stieg Larsson, j’ai tout de suite été attirée par ce livre.  Rentrée dans une partie de la vie de l’auteur, continuer (d’une certaine façon) son travail avec Jan Stocklassa… Je remercie vivement BePolar pour l’envoi de celui-ci !

 

Résumé des éditions Flammarion :

Stieg Larsson a consacré une partie de sa vie à tenter de résoudre l’une des plus grandes énigmes politiques de son temps : le meurtre d’Olof Palme, Premier ministre abattu dans les rues de Stockholm en 1986. C’est après avoir fait mille fois fausse route puis approché de très près la vérité qu’il entame l’écriture de la fameuse trilogie. Des années après sa mort, le journaliste Jan Stocklassa a eu accès à l’intégralité de ses archives, secrètement entreposées dans un hangar. Il décide alors de prendre le relais : cinq ans de recherches, des milliers d’heures passées à éplucher les dossiers en quête de nouveaux indices, des agents étrangers et des intermédiaires en tout genre conduisent à des révélations qui permettent de relancer les investigations de la police.
Enquête magistrale et véritable polar, le livre de Jan Stocklassa se dévore comme un roman d’espionnage qui lance le lecteur sur la piste de mouvements d’extrême droite européens, dont la menace grandissante obsédait déjà Stieg Larsson. C’est également un document unique et 
fascinant sur la vie de l’auteur de Millenium et sur la genèse de cette œuvre connue dans le monde entier.

 

Ayant eu comme projet d’écrire un livre sur des lieux où des meurtres avaient été commis, Jan Stocklassa est tombé, par hasard, sur le nom de premier suspect de Stieg Larsson. Une découverte qui l’a ensuite poussé à s’intéresser à cette affaire non résolue mais surtout dans les archives de Stieg Larsson, le grand travail d’une vie. 

Et tandis que je mettais de l’ordre dans mes pensées et mes impressions, je sentis se dissoudre peu à peu mon idée de livre sur les lieux deux fois visités par le crime. J’étais déjà en train de préparer la prochaine étape de mon enquête sur Alf Enerström et la mort de Palme.

Scindé en parties distinctes, le travail de Stieg Larsson puis celui de Jan Stocklassa, c’est une vraie plongée vers un passé méconnue, une réouverture (fictive ?) d’enquête dans laquelle le lecteur/la lectrice se trouve projeté.ée en arrière plan ! 

La Folle enquête de Stieg Larsson est un livre entraînant d’une grande richesse qui donne réellement envie d’en savoir plus à chaque page, à chaque nouvelle découverte.

Une entreprise très maîtrisée qui mérite d’être suivie de près ! 

« Si elles voulaient survivre dans ce monde, les femmes devaient faire face. »

Il y a quelques temps, j’ai reçu un joli colis de la part des éditions Calmann-Lévy dans lequel se trouvait le nouveau roman de Laurence Peyrin, Ma Chérie, ainsi que L’aile des vierges et des goodies. 

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la plume de l’autrice : Hanna, Miss Cyclone, La drôle de vie de Zelda Zonk… des titres qui me faisaient très envie mais sur lesquels je n’avais jamais posé le bout de mon nez !

Résumé de l’éditeur :

Née dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami.
Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient
avec elle hier encore.
Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte.
Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963…Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…

 

J’ai passé un agréable moment avec Gloria. J’ai eu quelques petits pincements au cœur, des petits sourires… Mais, ce que j’ai particulièrement aimé sont ces petites réflexions que l’on y retrouve et qui se cachent derrière chaque moment de cette histoire qui peut sembler simple, ce qui n’est pas le cas (croyez-moi) ! Différence, regard, confiance, beauté, racisme, discrimination…tant de sujets que l’autrice aborde avec finesse, à l’image de sa plume. 

Ma Chérie n’est pas l’histoire d’une femme. C’est l’Histoire de plusieurs femmes et hommes dans l’Amérique conservatrice des 1960’s. C’est le combat d’hommes et de femmes, réels.elles et/ou fictives (telle que Rosa Parks). C’est l’entremêlement de la fiction au réel, la création d’un livre riche d’informations, riche d’évasions mentales et physiques…

D’après cette première est seule lecture, je dirais que Laurence Peyrin n’est pas une de ces voix fortes qui crient aux injustices, ni une de ces plumes qui se contentent de raconter une histoire. Non, l’autrice fait passer un message. Elle dialogue avec ses lecteurs et lectrices, partage avec eux et elles des vies, de l’Histoire ; tout en se basant sur des préoccupations réelles et actuelles, et de ce qui nous entoure. En somme, elle arrive à nous changer les idées tout en nous faisant réfléchir sur des choses essentielles !

Un très bon moment de lecture que je renouvellerai sans hésitation, merci aux éditions Calmann-Lévy !